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Analyse du film : Les Temps Modernes

Les Temps Modernes est le dernier grand film muet d’Hollywood. C. Chaplin ne croyait guère au succès du cinéma parlant qui s’ était pourtant imposé depuis presque dix ans. Ainsi, il prépare un dialogue, fait des essais mais renonce au film dialogué, ne conservant que la musique et les effets sonores. Il revient aux intertitres comme au temps du muet. On entend cependant des voix humaines uniquement transmises par des machines : la télévision dans la scène 1, le phonographe dans la scène 2 ou la radio dans la scène 7. Fait exceptionnel, on entend aussi, à la fin du film, la voix de Chaplin qui improvise une chanson dans un « charabia international ». C’ est la première et seule fois que l’ on entend le personnage de Charlot parler au cinéma.

L’ idée du film lui est venue après un voyage autour du monde de plus d’ un an durant lequel il s’ inquiète de la montée des nationalismes et des effets de la crise de 1929. Il réfléchit alors à un monde meilleur où richesse et travail seraient équitablement distribués entre les hommes. « Le chômage, voilà la question essentielle. Les machines devraient faire le bien de l’ humanité au lieu de provoquer tragédie et chômage » déclare-t-il lors d’ un interview en 1931.

En 1933, il rédige des articles présentant ses idées économiques et écrit le scénario des Temps Modernes. Son personnage Charlot est un ouvrier parmi des millions d’ autres qui fait face à la Grande Dépression : au chômage, aux grèves, à la misère, à l’ intolérance et à la tyrannie des machines.

Dans ses mémoires C. Chaplin évoque précisément le film :
« Je me souviens d’ une interview que j’ avais accordée à un jeune et brillant reporter du World de New York. Apprenant que je devais visiter Detroit, il m’ avait parlé du système des chaînes de montage qu’ il y avait là-bas : la triste histoire de la grande industrie attirant des fermes des jeunes gens robustes qui, après quatre ou cinq ans de travail à la chaîne, devenaient des loques humaines. Ce fut cette conversation qui me donna l’ idée des Temps Modernes. J’ utilisai une machine à nourrir comme moyen de gagner du temps, pour permettre aux ouvriers de continuer à travailler pendant l’ heure du déjeuner. La séquence de l’ usine s’ achevait sur la vision de Charlot pris d’ une dépression nerveuse. L’ intrigue se développa à partir de l’ enchaînement naturel des événements. Une fois guéri, il est arrêté et rencontre une gamine qui, elle aussi a été arrêtée pour avoir volé du pain. Ils se rencontrent dans une voiture de police pleine de délinquants. L’ histoire devient désormais celle de deux anonymes essayant de se débrouiller dans les temps modernes. Ils sont pris dans la crise, les grèves, les émeutes et le chômage. »
C. Chaplin, Histoire de ma vie, Robert Laffont, 1964


La critique du Figaro, 12 février 1936
« Les Temps Modernes est bien plus qu’ une satire de la machine : c’ est une vision plus subtile de ce monde moderne où l’ homme, jouet de la machine dont il ne connaît qu’ un rouage, de lois mystérieuses, de mouvements politiques dont il ignore la portée, sent le réel lui échapper et poursuit comme une chimère un rêve qui devrait être à sa portée […] Une comédie dont nous avions perdu la qualité qui s’ appelle pantomime, art véritable qui se passe de faux artifices et n’ appartient qu’ aux grands artistes.
Les Temps Modernes est donc un chef d’oeuvre incontesté du cinéma mondial. Le film fut boudé par les autorités américaines, qui voyaient en son auteur un communiste et en ses propos et interdit de diffusion dans l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Il connut un succès retentissant à Paris et à Londres.